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La glace des glaciers non polaires renferme de nombreuses informations sur les variations passées du climat, de l'environnement et tout particulièrement de la composition atmosphérique : variations de la température, des concentrations atmosphériques des gaz à effet de serre, des émissions d’aérosols naturels ou de polluants d’origine humaine…ces glaces sont les UNIQUES enregistrements naturels des variations de la composition atmosphérique passée. Elles ont aussi offert un regard sans équivalent sur l'augmentation des pollutions atmosphériques au cours du siècle dernier, en mettant en avant les disparités régionales et en caractérisant l’origine de ces pollutions.

L’augmentation de la fréquence de certaines périodes ou évènements de température positive en haute altitude (canicules estivales dans les Alpes, fort évènement El Niño dans les Andes), va impliquer dans les toutes prochaines années une percolation systématique d’eau de fonte à travers les couches supérieures de neige à la surface des glaciers. Ce phénomène altère irrémédiablement la composition chimique des strates de neige, détruisant ainsi pour toujours le potentiel de ces archives à reconstruire l’histoire de signaux géochimiques en lien avec le climat, les activités humaines, ou encore l’évolution biologique de notre environnement (mutation de virus ou bactéries par exemple, que l’on retrouve dans les précipitations neigeuses).

Les Alpes


Les glaciers des Alpes sont des vigies uniques dans notre région. Véritable laboratoire d’altitude, les glaciers alpins sont étudiés depuis longtemps. Leurs retraits accélérés récents sont liés au réchauffement global. Au centre d’une Europe industrialisée, les glaces du Mont Blanc ont préservé des traces des variations climatiques naturelles du dernier millénaire mais aussi de l’évolution des pollutions d’origine humaine au cours du dernier siècle (oxydes de soufre, oxydes d’azote, métaux lourds, polluants organiques, radioactivité,…).

Alors que la température s'est accrue de 1°C sur le territoire français en un siècle (contre 0,6°C au niveau mondial), elle a augmenté de 1 à 3 degrés à 1800 m en hiver dans les Alpes. De même, des mesures in-situ réalisées dans un trou de forage au Col du Dôme à 4300 m d'altitude dans les Alpes françaises ont montré une augmentation de la température à la surface du glacier de près de 1,5°C entre 1994 et 2005. On sait que la température de la glace au Col du Dôme est fortement liée à celle de l’air et que le réchauffement futur accélèrera ce réchauffement glaciaire.

Les Andes


La barrière andine qui s’étale de l’Equateur à 50°S est géographiquement unique, et permet de faire le lien entre la zone tropicale, moteur du climat, et des régions de haute latitude où des archives glaciaires couvrant de plus longues périodes existent déjà (800 000 ans en Antarctique).

L’augmentation de la température liée au réchauffement climatique sera plus forte dans les zones tropicales vers 6000m d’altitude, pouvant atteindre +5,5°C d’ici 2100 selon certains scénarios. Les études des glaciers andins montrent des reculs très significatifs, voire des disparitions dans les régions tropicales, dès la fin du 20ème siècle. C'est le cas notamment dans les Andes où le retrait abrupt des glaciers depuis 1960 a conduit à la disparition de bon nombre d'entre eux comme le glacier de Chacaltaya en Bolivie. Ce retrait des glaciers est extrêmement préoccupant pour les ressources en eau des populations locales. Par exemple à La Paz, capitale de la Bolivie, l’eau de fonte des glaciers représente près de 30% de l’alimentation en eau de la ville pendant la saison sèche. L'augmentation des températures à haute altitude dans les Andes est plus fortement marquée qu'au niveau de la mer, amplifiant les impacts locaux du changement climatique sur les glaciers.