Samuel Vergès lors de la conférence de presse - © Ton Bouyer / Expedition 5300
Samuel Vergès lors de la conférence de presse - © Ton Bouyer / Expedition 5300

Départ imminent pour Expedition 5300

10 janvier 2019
À quelques jours du départ d’Expedition 5300, lors d’une conférence de presse, Samuel Vergès, chercheur Inserm, physiologiste de l’exercice au sein du laboratoire "Hypoxie et physiopathologies" (HP2 – Université Grenoble Alpes / Inserm) et porteur du projet, a présenté les objectifs de cette expédition scientifique, un des projets phares de la Chaire "Altitude montagne santé" de la Fondation Université Grenoble Alpes.

Les objectifs scientifiques d’EXPEDITION 5300

Au-delà de 5 000 m d’altitude, on considère que la pression atmosphérique n’est plus suffisante pour permettre une vie humaine permanente. Pourtant, dans les Andes péruviennes, à 5300 m, les 50 000 habitants de La Rinconada, hommes, femmes et enfants, vivent et travaillent toute l’année, exploitant principalement des mines d’or creusées dans la montagne. Cette population constitue en apparence, une anomalie scientifique que Samuel Vergès et son équipe aimerait bien comprendre.

"L’accès à la Rinconada est, d’un point de vue scientifique, une occasion exceptionnelle" rappelle Samuel Vergès. "C’est la première fois qu’une équipe de chercheurs est autorisée à y mener une étude."

Du 28 janvier au 3 mars 2019, une quinzaine de chercheurs français accompagnés de collaborateurs italiens et canadiens se rendront au Pérou pour réaliser tests, mesures et prélèvements sur 80 péruviens volontaires : 20 à Lima (niveau de la mer), 20 à Puno (3800 m) et 40 à La Rinconada (5300 m). Pour cela, les scientifiques monteront et déplaceront un laboratoire éphémère de physiologie et biologie humaines leur permettant entre autres de réaliser des mesures hémorhéologiques (viscosité sanguine, anatomie des globules rouges), de déterminer l’interaction entre les modifications hématologiques et les fonctions vasculaire, pulmonaire, cérébrale, etc. et de déterminer le rôle des perturbations du sommeil (apnée) dans l’état de santé de ces habitants.

"Notre objectif est double : phénotyper pour la première fois la plus haute population au monde sur le plan génétique, hématologique et cardiovasculaire mais aussi déterminer les facteurs de tolérance et d’intolérance à l’hypoxie parmi les habitants de la Rinconada" détaille Samuel Vergès. À terme, les chercheurs espèrent ainsi réussir à définir les prises en charge médicales les mieux adaptées pour ces habitants.

L’hypoxie est une condition potentiellement délétère pour l’organisme, voire fatale, dont souffre à la fois les personnes en altitude mais également de nombreux malades dans nos hôpitaux. Comprendre comment l’organisme humain peut se défendre contre le manque d’oxygène, déterminer pourquoi certaines personnes n’arrivent pas à développer de tels mécanismes, identifier des moyens permettant d’aider à mieux tolérer le manque d’oxygène, sont autant d’enjeux essentiels tant pour les personnes se rendant ou résidant en haute altitude que pour le traitement des malades dans nos villes de plaine.

Une expédition à forte dimension humanitaire



Lors de leur mission de reconnaissance, les chercheurs ont découvert les conditions sanitaires extrêmement difficiles dans lesquelles vivent les habitants de la Rinconada.

Cette cité construite à flanc de montagne a connu un développement important mais anarchique ces deux dernières décennies. Sa population a doublé, grâce à une économie basée principalement sur l’exploitation de mines d’or. Mais malgré l'essor aurifère, la ville ne dispose aujourd’hui toujours pas d’eau courante, ni d’égouts, ni de collecte des déchets… Quasiment tous les habitants travaillent dans les mines exploitées 24h sur 24. Ils ne perçoivent comme salaire que l’or qu’ils découvrent le dernier jour du mois et qu’ils purifient eux-mêmes chez eux avec du mercure. Pollution et insalubrité mais aussi insécurité sont donc le quotidien de ces péruviens.

Au-delà de l’aspect scientifique, l’Expédition 5300 aura donc aussi une dimension humanitaire et sanitaire importante dans l’optique d’améliorer les conditions de vie des habitants de La Rinconada.

En parallèle du projet scientifique en lui-même, Expedition 5300 rassemble les compétences et acteurs nécessaires (ONG, etc) capables d’apporter un soutien logistique et humain répondant aux besoins de la population de La Rinconada, que ce soit en termes d’équipement médical, de formation des soignants, d’actions auprès des écoles...

Expedition 5300 vise donc aussi à :
  • Faire connaître au grand public cette ville afin de mettre en valeur les spécificités physiologiques et humaines que ses habitants ont développées ;
  • Permettre aux habitants et aux personnes en charge de leur santé d’accéder plus facilement à l’information concernant le manque d’oxygène et fournir du matériel pour en soigner les symptômes.

L’alpiniste Lionel Daudet, ambassadeur d’Expédition 5300


Lionel Daudet (à gauche), Patrick Lévy, Président de l'UGA et de la Fondation UGA et Nathalie Martino (à droite) lors de la conférence de presse - © Ton Bouyer / Expedition 5300

Alpiniste français de renommée internationale, Lionel Daudet s’associe à l’aventure scientifique et humanitaire d’Expedition 5300 en devenant ambassadeur du projet. Lors de cette conférence de presse, il a rappelé son attachement à ce projet : "Cette expédition évoque deux liens entre la montagne et les hommes. Le premier, c'est l'inconnu, cette dimension exploratoire que recherche autant l'alpiniste que le scientifique. Cette idée de soulever des zones d'ombre de la connaissance. Et puis il y a ce deuxième lien : la solidarité. Les personnes qui vont participer à l'expérience ne sont pas des cobayes puisqu'elles devraient bénéficier des fruits des recherches auxquelles elles vont participer. On est là au coeur des valeurs humanistes montagnardes.

Patrick Lévy, Président de l'UGA et de la Fondation UGA a ensuite insisté sur cette dimension :"Derrière ce projet, il y al'idée de faire de la recherche au service du plus grand nombre. Cette expédition a une cohérence scientifique, tout en étant proche des gens, solidaire, considérant que le sort du monde ne lui est pas indifférent. On espère pouvoir appliquer de manière rapide, notamment auprès de la population locale qui vit à cette altitude, les ensiegnements de cette expérience."

Le calendrier de l’expédition



Mis à jour le  17 janvier 2019