La Rinconada au Pérou, destination de l'Expédition 5300 - © Axel Pittet
La Rinconada au Pérou, destination de l'Expédition 5300 - © Axel Pittet

Expédition 5300 : retour de la mission de reconnaissance

6 novembre 2018
Après une mission de repérage début octobre à la Rinconada au Pérou pour préparer l'expédition 5300, Samuel Vergès a participé à une conférence de presse organisée par l’Inserm le 6 novembre à Paris, où il a présenté les objectifs de cette expédition scientifique, un des projets phares de la Chaire Altitude Montagne Santé de la Fondation Université Grenoble Alpes.
Afin de préparer l’expédition 5300, qui mènera en février 2019 une équipe de 15 scientifiques à 5300 m d’altitude dans la ville la plus haute du monde pour étudier les adaptations physiologiques de ses habitants à cette altitude extrême, le chercheur Samuel Vergès, responsable du projet, et Axel Pittet, chargé de la communication, sont partis en mission de reconnaissance début octobre. En 10 jours, de Lima à La Rinconada en passant par Puno, en compagnie de Ivan Hancco, médecin péruvien et doctorant à l’Université Grenoble Alpes, ils ont rencontré des scientifiques péruviens et des habitants et ont découvert les conditions dans lesquelles ils allaient travailler durant les six semaines de l’expédition.

Vivre en altitude

Aujourd’hui, 140 millions d’habitants sur la planète vivent à plus de 2500 m, une altitude où la diminution de la pression atmosphérique induit une hypoxie : un manque d’oxygène au niveau des tissus de l’organisme. Cette hypoxie qui peut se manifester chez les alpinistes par une fatigue, une fonte musculaire, des nausées ou encore des céphalées, est compensée par un certain nombre d’adaptations physiologiques qui se mettent en place à court et moyen termes, comme l’augmentation de la fréquence respiratoire et du débit sanguin. Au-delà de 5000 m d’altitude, on considère que la pression atmosphérique n’est plus suffisante pour permettre une vie humaine permanente.

Pourtant, dans les Andes péruviennes, à 5300 m, les 50 000 habitants de La Rinconada, hommes, femmes et enfants, vivent et travaillent toute l’année, exploitant principalement des mines d’or creusées dans la montagne. Cette population constitue en apparence, une anomalie scientifique que Samuel Vergès et son équipe aimerait bien comprendre.

La vie en altitude, au-delà de 2500m, en permanente décompression, peut être à l’origine du syndrome du mal chronique des montagnes qui atteint 5 à 20% des habitants de haute altitude. Il se manifeste essentiellement par un essoufflement, des phénomènes de cyanoses, céphalées, vertiges, acouphènes, et surtout par une polyglobulie excessive. Si cet excès de globules rouges dans le sang permet d'intensifier le transport de l'oxygène dans les tissus, il a également pour effet de rendre le sang plus visqueux, ce qui augmente les risques d'accidents cardiovasculaires.
D’après les premières mesures, près de la moitié des habitants de la Rinconada ont une polyglobulie excessive. Malgré leur taux de globules rouges élevé (hématocrite), leur pression artérielle est plutôt correcte ce qui témoigne de leur capacité d’adaptation à ces facteurs hématologiques. Pourtant, 25% des habitants rapportent des symptômes du mal chronique des montagnes, démontrant ainsi une fréquence élevée de problèmes de santé qui restent à mieux comprendre.
"Quand on compare différentes populations qui habitent en altitude, en particulier dans les Andes et l’Himalaya, on observe des différences génétiques par rapport aux habitants des plaines. Mais on sait que ces deux populations n’ont pas développé exactement les mêmes mécanismes d’adaptation à l’altitude" explique Samuel Vergès. Ce sont ces adaptations génétiques mais aussi épigénétiques (changements dans l’expression des gènes dus à des facteurs environnementaux) qui intéressent les chercheurs.

La Rinconada, l’or des montagnes



"L’accès à la Rinconada est, d’un point de vue scientifique, une occasion exceptionnelle" a affirmé Samuel Vergès. "C’est la première fois qu’une équipe de chercheurs est autorisée à y mener une étude."

Lors de leur mission de reconnaissance, Samuel Vergès et Axel Pittet ont découvert les conditions sanitaires extrêmement difficiles dans lesquelles vivent ses habitants. Cette cité construite à flanc de montagne a connu un développement important mais anarchique ces deux dernières décennies. Sa population a doublé, grâce à une économie basée principalement sur l’exploitation de mines d’or. Mais malgré l'essor aurifère, la ville ne dispose aujourd’hui toujours pas d’eau courante, ni d’égouts, ni de collecte des déchets… Quasiment tous les habitants travaillent dans les mines exploitées 24h sur 24. Ils ne perçoivent comme salaire que l’or qu’ils découvrent le dernier jour du mois et qu’ils purifient eux-mêmes chez eux avec du mercure. Pollution et insalubrité mais aussi insécurité sont donc le quotidien de ces péruviens.
Au-delà de l’aspect scientifique, l’expédition 5300 aura donc aussi une dimension humanitaire et sanitaire importante dans l’optique d’améliorer les conditions de vie.

L’expédition 5300 se met en place

Du 28 janvier au 3 mars 2019, une quinzaine de chercheurs français et italiens se rendront au Pérou pour réaliser tests, mesures et prélèvements sur 80 péruviens volontaires : 20 à Lima (niveau de la mer), 20 à Puno (3800 m) et 40 à La Rinconada (5300 m). Pour cela, les scientifiques monteront et déplaceront un laboratoire éphémère de physiologie et biologie humaines leur permettant entre autres de réaliser des mesures hémorhéologiques (viscosité sanguine, anatomie des globules rouges), de déterminer l’interaction entre les modifications hématologiques et les fonctions vasculaire, pulmonaire, cérébrale, etc. et de déterminer le rôle des perturbations du sommeil (apnée).
"Notre objectif est double : phénotyper pour la première fois la plus haute population au monde sur le plan génétique, hématologique et cardiovasculaire mais aussi déterminer les facteurs de tolérance et d’intolérance à l’hypoxie parmi les habitants de la Rinconada" détaille Samuel Vergès. À terme, les chercheurs espèrent ainsi réussir à définir les prises en charge médicales les mieux adaptées pour ces habitants.


Mis à jour le  13 novembre 2018