Arrivée de l'UT4M © UGA – DirCom
Arrivée de l'UT4M © UGA – DirCom
Communiqué

80 ultra-trailers de l'UT4M ont participé à une étude scientifique réalisée dans le cadre de la Chaire "Altitude Montagne Santé"

19 juillet 2018
En savoir un peu plus sur la fatigue neuromusculaire et la récupération physique de ces sportifs de l’extrême

Ils étaient plus de 4000 coureurs à prendre le départ de l’une des 12 courses de la 6e édition de l’UT4M, l’ultra-tour des 4 Massifs, qui a lieu du 22 au 26 août 2018. Et parmi eux, 80 trailers avaient accepté de participer à une étude scientifique menée par le laboratoire Hypoxie et Physiopathologies (HP2 – Université Grenoble Alpes / Inserm) dans le cadre de la Chaire de recherche « Montagne Altitude Santé »*. L’Objectif ? En savoir un peu plus sur la fatigue neuromusculaire et la récupération physique de ces sportifs de l’extrême.

L’UT4M, un laboratoire à ciel ouvert

Cette année, 12 courses étaient proposées aux participants de l’UT4M : la plus courte de quelques centaines de mètres pour les enfants, la plus longue de 169 km avec 11 000 m de dénivelé positif à travers les quatre massifs qui entourent Grenoble (Belledonne, Chartreuse, Oisans et Vercors). Les plus rapides relèvent ce défi fou, d’une traite, en en peu plus de 26 heures !

Cet exploit sportif intéresse particulièrement les chercheurs du laboratoire HP2 qui, dans le cadre de la Chaire de recherche « Altitude Montagne Santé », étudient l’impact des pratiques sportives outdoor. L’UT4M a donc été utilisé comme un "laboratoire à ciel ouvert" pour analyser la fatigue des trailers mais aussi leurs capacités de récupération.

Porteur de ce projet soutenu par la fondation Université Grenoble Alpes, Samuel Vergès, chercheur Inserm au laboratoire HP2, connaît bien cette course : en 2016, il finissait à la 3e position en 28h36mn. Mais que cherche-t-il à savoir aujourd’hui à travers cette étude ? "Après avoir parcouru 160 km, un coureur n’est pas quatre fois plus fatigué qu’un marathonien qui en a parcouru 42. On pense donc qu’il existe une sorte de "plafond de fatigue" évitant à l’organisme de se mettre en danger" explique le chercheur. "On pense également qu’un effort de très longue durée génère des fatigues différentes. Après 15 ou 20 heures d’effort, la fatigue n’est pas que musculaire, elle est aussi cérébrale."

Recherche trailers volontaires

Pour qualifier et quantifier un peu plus précisément cette fatigue, un appel à volontaires a été lancé en avril 2018, auprès des participants à l’UT4M. L’équipe de Samuel Vergès a ainsi pu sélectionner 80 personnes engagées dans 4 courses :

  • L’UT4M 160 Xtrem : 169 km et 11 000 m de dénivelé d’une seule traite,
  • UT4M 160 Challenge: 169 km et 11 000 m de dénivelé sur 4 jours avec un massif par jour,
  • L’UT4M 100 Master : 95 km et 5500 m de dénivelé
  • L’UT4M 40 Chartreuse : 42 km et 2500 m de dénivelé

"Avec cette répartition, nous allons notamment pouvoir comparer l’UT4M 160 Xtrem et l’UT4M 160 challenge, autrement dit savoir en quoi parcourir 160 km une seule fois diffère de 4 fois 40 km" détaille Jérémy Rossi maître de conférence à l’Université Jean Monnet de St-Étienne, impliqué également dans le projet. "Nous allons aussi pouvoir quantifier la fatigue musculaire sur des distances inférieures : 100 km et 40 km".

Avant la course, les 80 volontaires ont été soumis à des examens complets : tests d’effort, mesures de la tension, électrocardiogramme, évaluation de la composition corporelle, stimulation neuromusculaire, questionnaires détaillés…. Les mêmes tests ont ensuite été effectués à la fin de leur course, et à la fin de chaque étape pour les participants de l’UT4M 160 Challenge.

En 2010 et 2011, des études similaires avaient été réalisées sur les coureurs de l’Ultra-Trail du Mont Blanc (UTMB). "Nous allons donc pouvoir comparer ces deux courses qui ont des profils très différents" indique Jérémy Rossi.

Au cœur de l’ultra-trail


À peine la ligne d’arrivée franchie, les finishers impliqués dans l’étude se sont soumis aux tests des scientifiques.

Suivant les coureurs de l’UT4M 160 Challenge d’étape en étape, les chercheurs se sont relayés jour et nuit à Vif, Rioupéroux, St-Nazaire-les-Eymes puis Grenoble pour attendre l’arrivée de leurs sujets. Au fil des heures et des kilomètres, certains coureurs ont dû abandonner mais finalement sur les 80 trailers participant à l'études, 63 (dont 11 femmes) ont franchi la ligne d’arrivée sur le parvis du Musée de Grenoble.

Aussitôt, ils étaient dirigés vers l’école Bizanet où s’étaient installés les chercheurs avec leurs équipements scientifiques. Chacun des finishers a été accueilli sous les applaudissements de toute l’équipe. Les traits étaient tirés, les mots hésitants, on sentait la fatigue et malgré cela, tous se sont encore soumis aux tests pendant près d’une heure, avec le sourire.

Mollets (muscle gastrocnémien) et cuisses (muscle quadriceps) qui avaient bien souffert durant la course étaient encore sollicités. "On teste ces deux groupes musculaires car ils n’ont pas la même fonction en course à pied : les quadriceps sont sollicités en phase de descente, le muscle gastrocnémien en propulsion" explique Jérémy Rossi. Ultime effort, le trailer devait solliciter au maximum ses muscles durant un court instant en appuyant sur une pédale instrumentée de capteurs : "on mesure la force produite par le muscle, puis on surimpose une impulsion électrique pour le stimuler. Avant la course, cette impulsion n’augmente pas le niveau de force ce qui veut dire que 100% des capacités musculaires sont utilisées dans cet effort. En revanche, après la course, il y a une augmentation : le muscle est donc en théorie capable de produire davantage de force mais c’est l’influx nerveux qui n’est plus suffisant pour le solliciter à 100%."


Jérémy Rossi, maître de conférence à l’Université Jean Monnet de St-Étienne impliqué dans l’étude, teste la fatigue du mollet d’un trailer.


Au vu des grimaces, le test semblait un peu douloureux... Heureusement, ensuite, c’était la fréquence cardiaque au repos qui était mesurée en position allongée et là, certains se sont endormis. Mais au bout de 5 minutes, les coureurs étaient redressés pour mesurer l’effet du changement de position sur leur cœur. Et là, certains ont fait un début de malaise vagal.

Encore un questionnaire sur leur alimentation, leur hydratation pendant la course et quelques mesures anthropométriques et ils ont pu aller se restaurer et surtout se reposer…

De précieuses données

La participation à cette étude n’a donc pas toujours très plaisante pour ces trailers qui ont donné beaucoup d’eux-mêmes et permis le recueil de précieuses données pour les scientifiques. Le temps des tests pris sur le temps de récupération pour les participants de l’UT4M 160 Challenge témoigne de leur intérêt et de leur forte motivation.

Stéphane Poirot (finisher de l’UT4M 160 Xtrem en 41h56min40s) qui pratique le trail depuis près de 20 ans, s’est tout de suite porté volontaire : "C’était important pour moi en tant que grenoblois d’aider ces chercheurs. J’ai vraiment envie d’en savoir plus sur ce sport et les effets de sa pratique. Je suis ravi de pouvoir apporter ma contribution". D’autres avouent aussi qu’au-delà de l’aspect scientifique, cette étude leur a donné des informations sur leurs performances et leur a permis de bénéficier d’un suivi médical.

Et après ?

L’étude ne s’est pas achevée sur la ligne d’arrivée. "Les coureurs de la cohorte sont reconvoqués à J+2, J+5 et J+10 après la course, au sein du laboratoire HP2 à l’Hôpital Sud à Échirolles. Ils vont subir les mêmes tests pour nous permettre d’évaluer leur récupération" précise Stéphane Doutreleau, cardiologue responsable de l’équipe Sport et Pathologies au CHU Grenoble Alpes impliquée également dans le projet.

Les premiers résultats sont attendus pour novembre 2018. In fine, les données recueillies auprès des ultra-trailers pourront peut-être un jour bénéficier aux patients souffrants de maladies neuromusculaires ou cardiorespiratoires : "Pour mieux comprendre cette fatigue à l’effort que les patients rapportent, un des moyens de l’étudier est de scruter ces phénomènes chez des personnes saines, sans pathologie, en l’occurrence les trailers » conclut Samuel Vergès.


Mis à jour le  7 septembre 2018